06.02.12

Le Réalisme

Dé-sacralisons !

 Là ça va être dur parce que le réalisme est un concept flou, même s'il a la vie dure. D'autres notions y sont entremèlées comme dans une plâtrée de Spaghetti, tel que le concret, le pragmatisme, la lucidité, le rationalisme, et bien d'autres moins évidentes ; le conservatisme, le fatalisme, la nostalgie, etc.

 Cette Valeur Sacralisée est à priori indéboulonnable de son piédestal : Le réalisme étant à priori la volonté de ne pas zapper le réel, on voit mal en quoi ce ne serait pas incontournable comme valeur absolue.

 Il y a juste un petit bug là dedans, mais aux conséquences incalculables si l'on n'y prend garde : C'est que le Monstre tronque nos perceptions des choses.

 Ainsi l'on a longtemps cru que la terre était plate, d'ailleurs les marins ne disent-il pas "la mer est plate aujourd'hui" et c'est vrai à leur échelle... même s'ils savent parfaitement que la terre est ronde quand ils entreprennent d'en faire le tour : Mais les apparences premières sont trompeuses.

 Maintenant si je vous dis que la terre est aplatie aux pôles, et a la forme d'une poire. Vous me direz que c'est une caricature grossière de la réalité parce que sur une photo prise de l'espace ça ne saute franchement pas aux yeux. Mais savez vous que mathématiquement ce constat est plus probant que le fait que la terre soit ronde ? les variations de la rotondité poiresque de la terre sont plus importantes que les variations entre la courbure de la terre et une ligne droite. Étonnant non ? Ainsi lorsque nous regardons l'horizon, nous y voyons plus une ligne droite que nous ne percevons la forme de poire de la terre sur une photo de l'espace.

  Alors le réalisme ça consiste les trois quarts du temps à s'illusioner sur nos perceptions premières des choses, alors même que la science nous a appris depuis longtemps que ces perceptions ne sont pas à même de rendre compte correctement de la réalité du monde.

 Bon, nous ne sommes que des produits de l'évolution des espèces, et notre intellect immédiat a été formaté pour répondre à nos besoins vitaux les plus essentiels, pas à saisir l'infinie complexité des choses au delà des apparences : Il nous faut faire violence à notre raison immédiate pour y parvenir.

 Réalisme ne rîme pas toujours avec prise en compte réelle de la réalité, loin s'en faut.

  Ainsi au foot, on dit d'une équipe qu'elle a fait preuve de réalisme lorsqu'elle a marqué plus de but que l'aversaire qui s'était créé bien plus d'occasion. C'est un peu galvaudé, les autres ont souvent manqué leurs buts plus par malchance alors que le vainqueur a été particulièrement chanceux. Le réalisme en question n'est que de la chance (octroyée par le Monstre en Spaghetti Volant rapelons le) requalifiée ainsi à postériori : Le score eut été inverse par deux tirs un chouilla à droite ou à gauche, on eut dit que le résultat était logique, soyons clairs.

 Alors le terme de réalisme est surtout utilisé en politique et en économie, et souvent dans le même sens à postériori : Une politique (économique ou sociale) n'est souvent pas réaliste à priori (même si elle s'en réclame), mais se révèle telle après coup si elle réussit, avec les mêmes aléas, point.

  • Mais plus précisément  : Qu'est-ce qu'être "réaliste" pour eux ?

 C'est prétendre qu'on veut rester concret, mais nonobstant rester fidèle à l'idée de ce qu'on se fait du concret... Et là on est plus dans l'idéologie que dans le "réalisme" proprement dit.

 Réalisme veut dire avant tout : "Je perçois que les choses sont ainsi, et je m'y conforme pour être efficace".

C'est avant tout une forme de fatalisme machiavéliste : "Les choses sont telles qu'elles me paraissent être, je ne compte pas changer l'ordre des choses, mais m'en servir à mon profit". C'est une forme de conservatisme, voir d'immobilisme : "Laissons les choses telles qu'elles ont l'air d'être, on s'en accomode parfaitement comme ça, alors pourquoi en changer ?"

 Plus qu'un conservatisme politicien, c'est un conservatisme de pensée :"Pourquoi vouloir changer les choses en voulant les penser autrement, ne touchons pas à notre perception des choses. Ca nous a plutôt réussi jusqu'alors, y a pas de raison d'y changer quoi que ce soit."

 Sauf que le monde se renouvelle constamment et doit être repensé de même.

 Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain : quand un système de représentation marche, pourquoi en changer effectivement. Mais celà ne doit pas empêcher de faire des recherches sur d'autres modes de pensées, car le jour où notre système de pensée ne sera plus en phase avec des évènements imprévus, nous aurons alors des alternatives de pensées prêtes à l'emploi... Ca vaut le coup de s'y mettre.

 Voir même ces explorations sur de nouvelles perspectives d'envisager les choses nous permettrons peut-être de mieux comprendre la situation stable actuelle (je ne parle pas de maintenant : févr. 2012 !), et de la repenser autrement sans pour autant y changer grand chose dans l'immédiat tant que pas nécessaire... (penser la terre ronde n'a pas changé grand chose dans le transport maritime entre Rouen et Paris. Ah si ! il y avait des Nouilles et de la bière chinoises à bord désormais)

  •  Le réalisme s'oppose à l'utopie :

 L'utopie se base au contraire sur l'idée que le monde n'est pas tant ce qu'on veut bien le voir frileusement, mais plutôt comme rempli de potentialités cachées à découvrir avec un peu d'imagination. Et que donc il pourraît être autre si on prenait la peine de le repenser autrement.

N.B. : L'utopie est aussi à déssacraliser, mais là n'est pas le propos.

 Le réalisme est ainsi parfois une sorte de réaction à l'utopie, au changement : "houlà ! ça va trop vite, revenons vite à nos concepts antérieurs avec lesquels on savait où on allait (et où on n'allait pas, surtout)". Ce peut donc recouvrir une certaine nostalgie du passé où tout y était tellement plus simpl(ist)e. Et ce n'est plus tant du conservatisme que du repli sur soi.

  • Bref, le réalisme consiste surtout à s'illusioner sur le fait que nos conceptions actuelles du monde sont nécessairement valables en elles même, et ce in eternam donc.
  • Pour voir et aborder le monde de façon réellement réaliste, il faut tenir compte de la "réalité" de nos illusions sur notre perception du monde, et donc faire marcher notre imagination pour voir au delà des apparences rassurantes.

Réalisme réel = Imagination ... ... ... Allons donc !? 

"Soyons réalistes : visons l'improbable !" Tel qu'un Dieu de Spaghetti par exemple.

Râmen

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Posté par Yves Forban à 13:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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