08.02.12

Sarkozy

Dé-sacralisons !

Le travail est un peu facile maintenant qu'il est tombé de son piédestal tout seul.

Alors pourquoi accabler un Dieu à terre ?

Eh bien parce que s'il est à terre, ce n'est sans doute pas là où on l'avait précédemment Sacralisé, et on serait prêt à réinvestir un autre dieu pour les mêmes raisons.

Alors dé-diabolisons quand même le bonhomme et ne tombons pas dans l'anti-sarkosisme primaire. Le bonhomme a des convictions qu'on peut ne pas partager, mais elles sont là, et dans son domaine (la droite droitière) on peut lui concéder une relative bonne appréciation des choses, et certaines réussites.

Ceci dit revenons sur ses (et nos) valeurs sacrées :

  • "Liberté" : "Travailler plus pour gagner plus" qui se déclinerait maintenant en "Travailler plus pour rembourser plus" au sens où "qui paye ses dettes s'enrichit". En fait, ce concept divin est un peu surfait, Il faut entendre "j'ai des copains très riches, et si vous leur laissez la liberté de faire du fric, l'économie ne s'en portera que mieux, et vous pourrez en ramasser les miettes". La liberté d'entreprendre, pourquoi pas, mais c'est un peu étriqué comme définition de la liberté, surtout en période de gripage du système.

Aussi la liberté c'est celle de ne pas dépendre de l'état pour sa protection sociale, voir protection tout court (multiplication des polices municipales, sociétés de protection, et autres assurances de protection mutualistes). C'est la privatisation des services de protection de l'état au nom de la liberté de choix (en fait de la "libre" concurence surtout, nonobstant on se prive de la liberté de choisir entre un servive de l'état, qui disparait alors, et lesdits services privés)... mais tous ces organismes privés répondent à la logique de leurs intérêts privés * : qui nous protêgera contre leur logique égocentrique quand à notre protection ? D'où justement :

* Reste le choix de faire marcher la concurence entre services privés concurents, mais néanmoins dans la même logique d'intérêts privés, alors que le public reste subordonné à une politique définie par la démoratie.

  • "Sécurité" : Bizarre comme but sacré, pour quelqu'un qui n'a cessé de couper dans les effectifs de police, et qui n'a pas donné les moyens aux juges (et d'application des peines) de faire leur boulot. En fait son véritable "crédo" a toujours été moins d'état, plus de liberté à l'entreprise privée, et moins de charges pour ces derniers. Mais voilà, moins d'impôt, c'est moins de police et de justice, et ça va plutôt à l'encontre de la sécurité.

Ce qui manque c'est une méthode : Baisser les impôts pour dynamiser l'économie c'est une option... Mais l'honnêteté consisterait à annoncer la couleur sur la sécurité : moins de sous dessus (voir sans de sous dessus).

Alors évidemment le truc de Sarkosy, c'est augmenter la productivité : Si on doublait la productivité des fonctionnaires on pourrait supprimer le tiers d'entre eux. Sauf que la productivité ça ne se décrète pas, il faut de la méthode. Ainsi pour la sécurité on attendrait que la productivité porte des résultats, et alors seulement on devrait pouvoir envisager de baisser les effectifs au faire et à mesure des progrès. Mais c'est un agnostique : Il ne croit pas à la bonne volonté des gens pour se rendre plus productifs, alors il réduit les effectifs en augmentant les tâches : aux fonctionnaires de se démerder pour s'en sortir. Voilà sa méthode d'amélioration de la productivité.

Mais aussi, une des méthodes pour doper la productivité consite à précariser les travailleurs, qui se donneraient à fond dans une place qu'ils doivent justifier au jour le jour (à moins qu'ils ne fassent une déprime). Or précarité rîme avec insécurité encore... Aussi dire qu'on va sécuriser l'auto-radio du péquin d'un coté en insécurisant son emploi de l'autre (qui lui permettrait d'acheter 3 auto-radios par mois), c'est un peu paradoxal.

Aussi moins s'impôts pour doper l'industrie certes, mais avant de baisser les impôts on commence par rembourser ses dettes, parce que le seul moyen de les rembourser, c'est l'impôt. Et tant qu'à faire la chasse aux niches fiscales, autant commencer par la rente faite aux banquiers octroyée par les intérêts de la dette.

  • "Egalité" : "moderniser la France", tout le monde est d'accord, sauf que Mr Sarkosy entend quelque chose d'un peu différent là dedans. Moderniser, c'est s'aligner sur le fonctionnement du monde actuel. Par exemple : les délocalisations et déficits de balance extérieure sont dus à la rentabilité d'une main d'oeuvre privée de protection sociale. Être moderne serait donc de tailler toujours plus dans les acquis sociaux pour nous mettre à niveau de l'actualité du monde (mais soyons clairs pour être au niveau de la Chine, il faudrait diviser salaires et protection sociale par 10 ! ! ! ). Les Suisses, avec un coût du travail plus élevé, s'en sortent bien eux, par ex..

Et c'est oublier que ces pays émergeant ne demandent qu'à accéder à notre niveau de vie et protection sociale, qui représentent à leur yeux ladite "modernité". Alors qu'on dise "on va faire une pose dans la modernité, en attendant que nos concurrents arrivent à notre niveau", pourquoi pas, mais qu'on ne dise pas que c'est "moderne" de saccager ce qui a fait notre modernité à laquelle tous aspirent, de grâce, non !

En plus, il a la modernité nostalgique : Notre pseudo identité nationale recroquevillée sur des valeurs pétainistes, les valeurs chrétiennes d'une certaine France éternelle... Bonjour la modernité ! Mais il sait rester cohérent encore : l'identité nationale s'accomoderait ainsi parfaitement du modèle allemand par exemple ?!

Son credo reste la productivité par la concurrence (la base du libéralisme économique), alors prétendre qu'on va protéger l'industrie française des délocalisations et du dumping social, c'est quand même un chouilla contradictoire pour un libéral "adepte" de la régulation des marchés par la libre concurrence. Le libéralisme sauvage est sensé laisser une chance "égale" à chacun de réussir. C'est une pure vue de l'esprit : l'argent va à l'argent, tout le monde sait ça. L'égalité de chance dans le libéralisme, c'est surtout l'égalité de chance de se faire dégommer par un snipper économique à la solde de ceux qui peuvent se payer leurs services.

  • Fraternité (égalité) : Discrimination positive à priori, c'est bien. Mais comment faire de la discrimination positive en arrêtant pas de faire de la différence la source de tous nos maux sociétaux. Alors soit, les chiffres disent qu'il y a plus de chômeurs, illettrés, délinquants chez les populations issues de l'immigration que chez les "souchards" (population de souche). D'abord c'est normal : il y a a toujours plus de problème dans les basses couches de la société (économiquement précarisées). Et l'immigration dont on parle est celle de ceux qui viennent en France pour faire les boulots que les souchards ne veulent plus faire, habiter les taudis que les souchards ne veulent plus habiter, se prendre le mépris des classes moyennes que les souchards ne veulent plus se prendre. Le racisme est surtout un racisme de classes travesti ethniquement, et le problème consiste essentiellement à vouloir cantonner ces populations à ce rôle ingrat plutôt qu'à faire jouer l'intégration.

 Alors bien sûr qu'après avoir débattu sur l'identité nationale en fustigeant l'origine ethnique des gens ne provenant pas de "notre" civilisation, on leur donnent toutes leurs chances d'intégration harmonieuse en suscitant la défiance  à l'embauche et au logement, voir même aux loisirs (boites de nuit).

 Et relativisons, le chiffres sur la délinquance. Prenons un exemple décalé pour dépassionner : les enfants victimes de pervers ont trois fois plus de chance de développer une perversité que les enfants "normaux" (c'est dit exprès comme ça). Et dit ainsi, on les maquerait bien d'une assistante sociale à vie.

Sauf, sauf que trois fois plus de chance veut dire passer de 1 à 3 chances sur cent de développer une perversité. Ce qui veut dire qu'il leur reste quand même 97% de chances d'être parfaitement "normaux" et que le différentiel avec la population dite normale n'est que de l'ordre de 2%. Rien quoi, et que donc vouloir les marquer au fer rouge de l'infamie programmée serait inadéquat à 97%, voir pathogène en soi.

Et bien, c'est ce qu'on fait avec les "origines étrangères" : On ostracise 97% de cette population pour ses 3% qui ne sachent pas se tenir. Nonobstant cet ostracisme créant des guettos, les premières victimes de ces 3% ce sont leur congénères. Double peine : victimes de leur relative sur-délinquance, et victimes de la mauvaise image que cette relative sur-délinquance jette sur eux.

Et nous sommes toujours dans la même logique : autant qu'ils restent "entre eux", les souchards ne veulent pas se coltiner une sur-délinquance des classes sociales économiquement précarisées.

Alors discrimination positive, égalité et fraternité, mon oeil !

Râmen

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Posté par Yves Forban à 22:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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