15.02.12

La Politique

Sacralisons !

Je plaisâannte ...(Quoi que ?)

 Je plaisante, parce que cette valeur sacrée compte bien plus d'agnostiques que de fervents croyants. A la limite, elle aurait bien besoin d'un petit regain de ferveur.

Mais qu'est-ce qui détourne donc la fibre mystique de ses aficionados : Evidemment le réalisme machiavellique dont elle fait preuve. Apparemment, tous les coups seraient permis pour accéder à une miette de pouvoir. Ce n'est pas nouveau : Depuis la plus haute antiquité les complots de couloirs ont fait fureur, à tel point on ne voit pas comment la politique en serait exonérée. Machiavel n'a rien inventé, il a juste admis que ça se passait ainsi, et en a posé les principes de bases sous jacents jusqu'alors. Aux "tartuffes" qui se drappent de moralisme pour grignoter une part de pouvoir, Machiavel leur propose d'assumer, au moins en catimini, cette donne politique de base.

Pourtant la politique est au centre de nos sociétés. Petit "maronnier" : politique désigne tout ce qui concerne la vie de la cité en grec, et privilégier un commerçant plutôt qu'un autre pour son approvisionnement relève en soi de l'acte politique, on n'y échappe pas, car même à ne vouloir aller chez aucun commerçant est aussi un acte politique (Cf : Ghandi). Alors dire : "je ne fais pas de politique" est une pure illusion puisque que ce positionnement est hautement politique.

Bon, on peut dire "je n'émarge à aucun parti, et je ne vote pas"... mais ça reste de la politique. Et ne croyons pas que les pros de la politique ne s'en servent pas : Un opposant aura tôt fait de fragiliser la politique dominante en faisant remarquer qu'en tenant compte de l'abstention, cette dominance ne s'appuie pas sur un consensus vraiment majoritaire dans le pays, et de faire parler les absentionnistes dans son sens.

Par ailleurs, dans l'opposition entre fatalisme conservateur et idéalisme réformateur, l'abstentionnisme se situe clairement dans l'idéologie du fatalisme évidemment.

La morale en Politique

Alors, alors ? On aimerait bien une politique propre et morale, et rien n'empèche de voter (ou pas) pour les tartuffes  qui s'en réclament : Car bien évidemment toute proposition de moralisation conforte généralement la politique de celui qui la propose, bizarre.

Mais il convient de s'interroger d'abord sur le propre machiavelisme du peuple dans ses visées politiques, et quand je dis peuple, j'entends un tas de courants contradictoires mais qui définissent une "résultante" qui n'a en général rien de plus clair ou moral que les pros. A la limite, mais non carrément, les pros ne font que donner en représentation les tendances machiaveliques du peuple. Nous n'avons que les politiques que nous méritons finalement.

Avant de tomber à bras raccourcis sur nos pauvres agneaux (bien noirs) politiciens, il convient de nous interroger sur nos propres dynamiques, car bien entendu on aura plus tendance à tancer les travers des politiques qui n'ont pas nos faveurs, plutôt que le contraire : La foi rend aveugle.

Idéalement, les moralistes des deux (ou plus) camps pourraient s'allier pour réclamer ensemble une moralisation de la politque politicienne, et pourquoi pas... Mais sans oublier que ceci serait une manoeuvre politicienne en soi, mais pourquoi pas encore... (la justice séquestre bien les auteurs de séquestration pour les décourager !).

Il n'y a donc pas de moralisme absolu en matière politique, mais des moralismes relatifs. Donc à ne pas sacraliser.

D'ailleurs on a bien vu les dérives du moralisme sacré tant dans le sovietisme que dans le mac-carthisme.

Mais au fait, pourquoi plus de morale en politique politicienne ? Finalement les forces s'équilibrant, ça ne marcherait pas si mal, aux vues des dérives moralistes.

Sauf que la politique ne se résume pas à la vie politiciennes, comme vu plus haut. D'autres acteurs s'y invitent en catimini, et de manière prééminente. Le coté politicien consiste à instaurer des rêgles morales "standard" aux relations sociales.

 Alors évidemment, lorsque le politicien se déconsidère en tant que stature morale, c'est tout l'édifice qui vacille.

Mais la question est alors de savoir " A qui profite le crime ? "

La déliquescence des rêgles morales* profite évidemment aux puissants dès lors qu'on leur lâche la bride : Les tartuffes théocrates en milieux dévots, les militaires en économie faible, et surtout les grands patrons et financiers au niveau mondial. Sûr : L'absence de rêgles magnifie nécessairement le pouvoir de l'argent en le libérant de toute contraintre quand à corrompre le système à son avantage.

Alors une politique "libérale" consiste à leur lâcher la bride = moins d'état = moins de contraintes pour eux = leur laisser les choix politiques par incitations financières interposées.

Notons au passage, que cette absence de rêgles morales pour eux au détriment de la société risque de succiter quelques réactions épidermiques, auxquelles il faut mettre bon ordre préventivement. Donc renforcer un ordre moral pour les autres, propre à les décourager de toute réaction "inconvenante", par avance. Voir détourner le sentiment de spoliation vers des boucs émissaires : Le sale voleur prêt à vous dépouiller, l'étranger qui tend à polluer votre maîtrise sur votre société : Exactement comme les puissants finalement, qu'on oublierait donc en se laissant obnubiler par les premiers.

Moins de morale pour la politique affairiste =

Plus de (des-)ordre moral pour le citoyen lambda.

Alors de la morale ordinaire, oui ! Mais toujours à commencer par règlementer strictement les dérives des puissants, car disposant de plus de moyens à s'y soustraire... Quand j'entends "ordre moral", je sors mon flingue tout de suite. Non que je refuse tout ordre moral, mais que sa notion même en soit gravement pervertie par de puissants margoulins et leurs valets.

Alors les démocrates et socialos seraient plus moraux ? Sauf à jouer à réclamer une part du gateau conséquente pour eux même... Mais pourquoi pas, à condition de re-répartir cette part le plus équitablement possible.**

Et les communistes donc ? Ils ont un problème certain : Les aparatchiks soviétiques ont simplement pris la place des patrons, avec moins de talent, en se comportant pire qu'eux. Et le communisme n'a toujours pas su faire l'analyse des causes de son propre échec moral à ce niveau.

* Moins de morale = insécurité ; Mais eux ont les moyens de se payer des gardes du corps.

**  Le problème de tout prédateur est de tirer un maximum de son cheptel sans en compromettre la survie : Le problème des affairistes est que non seulement les employés font marcher la machine productive, mais aussi que leurs dépenses font tourner l'économie... d'où un certain paternalisme bienveillant très peu altruisme quand même, et aux limites vite atteintes.

Inversement.. une politique sociale qui voudrait taxer à mort les entrepreneurs financiers ou autres risquerait de tuer la vache à lait : Il faut au prédateur mesure garder, mais un esprit trop revanchard viserait plus à torturer la bête qu'à l'exploiter raisonnablement, voir humainement. Et c'est délicat, car comme chacun sait littéralement, "les vaches à lait n'aime pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier", et pour peu qu'elles se sentent bousculées elles iraient bien voir si l'herbe n'est pas plus verte dans le pré d'à coté. Par là elles possèdent un moyen de pression sur le politique qui n'a rien de démocratique, les vaches ! Pour que la démocratie reprenne ses droits, il faut harmoniser les politiques sociales des différents prés, et/ou faire en sorte de se passer au maximum de leur savoir faire et moyens financiers, en redonnant au politique les moyens de les acquérir au nom des électeurs - ne s'agit pas tant de leur confisquer, que de travailler à l'acquérir par nous même, parce qu'un savoir faire ça ne se confisque pas, ça s'apprend -.

Dernière utopie : La prégnance des financiers sur le politique est telle qu'on pourrait imaginer de devoir élire leurs dirigeants pour éviter qu'ils ne court-circuitent la démocratie. - Les patrons c'est autre chose mais les banquiers élus pourraient subordonner leurs prêts à des minimas sociaux au sein des entreprises -.

Râmen

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Posté par Yves Forban à 12:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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