29.03.12

La démocratie

Dé-sacralisons !

Non ?! Pas ça...

Whiston Churchhill, le mal nommé, était un agnostique démocrate et en disait : "C'est le système politique le moins pire de tous"

Voilà qui est bien tourné.

La quintescence religieuse par excellence ?

La démocratie est pourtant le totem religieux idéal pour la sociologie ; Durkheim disait : "Le principe sacré n'est autre chose que la société hypostasiée et transfigurée".

J'adore ce type de formule cabalistiquement religieuse que le Monstre souffle à l'oreille des scientifiques de temps à autre : l'hypostasie serait une sorte de matérialisation d'un principe fondamental peu visible et évident au départ, ici l'âme sociale d'une communauté serait cette chose floue difficile à représenter concrètement ; Et que les humains auraient matérialisée par différents totems "consacrés", comme armoiries sacrées de chaque clan ou micro société. Ici communauté ne veut tant dire groupement d'intérêts individuels, mais plutôt âme du collectif qui meut celui-ci, en dépassant la volonté des individus qui le composent.

En ce sens, la démocratie est la parfaite illustration de cette hypostasie sociale. (on se la pête, on se la pête !)

Dès lors, qu'est-ce qui l'empêcherait d'être la quintessence du principe religieux en lui-même ?

L'agnosticisme qui l'entoure : Mais pourquoi tant de haine ?

Notre agnostique de service, Churchhill, le dit bien : En fait le-dit Churchhill pense avoir raison, et une petite dictature personnelle ne lui semblerait pas inadéquate en l'occurence. De Gaulle ne disait pas autre chose en disant que les français étaient dé-vots (heu... pardon : "des veaux."). L'inconvénient avec la dictature c'est qu'un concurent totalement impertinent peut vous siffler la place.

De même, il y a autant d'idées de la direction à prendre pour le collectif qu'il y a d'individus, et il n'y a pas que les "perdants" d'une élection qui soient désenchantés, mais au sein des "gagnants" chacun se dit que leur champion totémique n'est pas vraiment dans la ligne souhaitée par le-dit chacun.

Un totem est sensé représenter l'âme du collectif unifiée, qui habite chacun et meut tout le monde dans la même direction. Ca ne marche pas : la démocratie califière est constituée d'une multitude de sultans qui se verraient bien Calife à la place du Calife. La démocratie elle-même prévoie de se saborder éventuellement démocratiquement, et c'est ce qu'elle fit en Allemagne en 1933... Et même transitoirement : états d'exceptions.

Ouf ! on l'a échappé belle sur la consécration démocratique absolue.

Le peuple est sage : Mais bien sûr !

Car à bien y réfléchir, cette sanctuarisation du collectif populaire a quelque chose d'inquiétant. Rien ne dit que le peuple (à supposé que ce concept unitaire veuille bien dire quelque chose) soit "sage" à priori. Il peut fort bien élire des dirigeants qui le mênent droit dans le mur. Voir il peut avoir des tendances suicidaires inconscientes, pourquoi pas ? Le seul intérêt c'est la responsabilité : il n'a pas à venir verser ses larmes de crocodiles après. Il peut se sentir trahi, mais rien ne l'empêchait d'enquêter sur l'adéquation des programmes et sur l'intégrité des candidats avant.

La question reste  :

"Mais quelle béquille pourrait apporter sagesse et sérénité au peuple ?"

Les Arts Divinatoires Ancestraux évidemment, mais la sente en est cahoteuse et la pente ardue, alors à défaut :

L'information corecte... et j'insiste sur le mot "corecte". Parce que le quidam est informé, mais surinformé de tout, mais surtout de n'importe quoi.

Et soyons clair : il n'est pas innocent. Si ses journaux sont remplis de publicités qui cherchent à le convaincre que vivre pleinement c'est consommer sans modération, c'est qu'il aime ça : On ne lui vend que les informations qu'il est prêt à payer. Aussi lorsqu'il voudra avoir une véritable information, on le lui vendra.

Alors, c'est pas tout ça ! Mais tous prétendent détenir la vérité ultime sur notre devenir (comme quoi la politique c'est bien du religieux bâti sur la foi avant tout)... Comment faire le tri ?

La vérité ultime n'existe pas (compris celle-ci), et ce n'est la peine de la chercher : il n'y a que vérités relatives qui se combinent. Voilà qui éclaire singulièrement le propos !

Par contre s'il y a des utopies parfois forts sages, il reste les bidonnages outranciers tout de même. On peut peut-être commencer par éliminer les manipulateurs intéressés.

Le problème de l'utopie commence généralement par : "Si le monde était sage, tous abonderaient dans le bon sens" et le pire c'est que théoriquement ça marcherait fort bien. Mais voilà la sage utopie se heurte à une donnée fondammentale : la vanité humaine qui préfère les illusions intellectuellement confortables au raisonnable. Combien se ruent chez les voyantes où astrologues ? Pour les plus dézingués... mais les marchands d'illusions ont troqué leur boule de cristal pour le costard cravate depuis longtemps, parce que le péquin se plaît à croire qu'il est plus pertinent d'aller quérir conseil illusoire auprès de quelqu'un qui parle doctement et présente bien.

Je vous dirais bien d'aller voir du coté de la méthode scientifique, mais c'est un peu complexe et pas très jouissif, surtout en social. Ceci dit même si nos margoulins les plus efficaces ne sont pas vraiment érudits sur la question, ils se font néanmoins coatcher par des gens forts au courant des choses sociales scientifiquement parlant.

Ceci dit le populisme fait des ravages : Le candidat, qui veut répondre à l'idéologie de son électorat, n'est pas prêt à entendre des vérités contraires, et même il abonderait plutôt à cultiver ses propres illusions en cultivant celles de son électorat. De fait les experts, qui se pressent auprès de nos politiques, utilisent leurs connaissances scientifiques à flatter leurs commanditaires dans le sens du poil, plutôt qu'à faire valoir les réalités objectives tirées de leur savoir.

Le journalisme de même : vendre du scandaleux, du surnaturel, de l'inédit incroyable ça marche. Du sérieux... ? franchement... Sauf si le sérieux n'est qu'un habile camouflage de choses "aguichantes" plus aléatoires.

Rien qu'en psychologie par exemple, exposez donc la rigueur d'un protocole d'expérientation psychologique dans un magazine : Bof ! On est d'accord... Mettons y plutôt un petit questionnaire pour savoir si vous êtes doué pour entretenir de bons rapport avec vos congénères : Ah ben ça c'est vendeur, même si un peu "vaseux" scientifiquement parlant.

Alors ? Aimons nous le merveilleux, les contes à dormir debout religieusement servis par nos doctes saints démocrates. Bien sûr !

On ira donc leur vouer un culte inconditionnel les trois quarts du temps, juste pour rêver un peu dans ce monde bringuebalant, mais en rejetant les tabous liés aux dogmes dès qu'une fièvre mystique les emporte : "Ca c'est rien bon que pour la messe, mais ça ira pas r'tourner mon champ, Cré dou Monstr' !".

Et nous vous entretiendrons longuement la prochaine foi sur la dialectique transcendentale entre ces deux concepts "Ca c'est rien bon que pour la messe, mais ça ira pas r'tourner mon champ, Cré dou Monstr' !" d'une part et "le principe sacré n'est rien d'autre que la société hypostasiée et transfigurée" d'autre part.

Râmen


 Les élections et l'alternance vues sous un angle religieux. (Dr Tutut)

  • Les élections sont le rituel majeur de toute bonne religion démocrate : Les précheurs montent à la tribune dans un ordonancement ritualisé, chauffent les foules réunies pour créer une exaltation propre à une communion mystique de tout son clan derrière les totems de ses valeurs sacrées, drapeaux et insignes du clan. Enfin la fête s'achève par la victoire d'un leader de clan, qui tout à coup se mue en leader de toute la tribu en prenant sous son aile l'ensemble de ses clans hier encore opposés
  • C'est une religion extrèmement vivace qui se prolonge ensuite quotidiennement par les travaux parlementaires, et l'action gouvernementale, commentés par les médias qui nous remémorent cette grand-messe électorale transcendantale.

Allons au delà, essayons de dégager un certain déterminisme électoral religieusement calibré.

L'alternance est-elle donc préprogramée ?

  • "Qu'est-ce qu'une religion sinon une manière de célébrer le collectif ?" dirait Durkheim, mais la démocratie a les limites de son exercice. Pour pouvoir rassembler l'ensemble de la communauté, il faut au moins qu'il y ait un large consensus sur la légitimité du vainqueur. En cela le vainqueur ne peut être toujours celui d'un même clan, qui ferait passer la démocratie pour partisanne et truquée : Il faut donc qu'au moins les camps principaux aient leur chance de l'emporter, et matérialise cette chance à terme par une victoire épisodique de chaque camp, dévolu par son Toucher Nouilleux.
  • C'est aussi quasi indispensable en chaque camp : "A vaincre sans péril on triomphe sans gloire", à savoir qu'une victoire incertaine est plus propre à "souder" la communauté autour de ses objectifs par une exaltation d'autant plus mystique : Le risque de défaite, qui se concrétise à l'occasion, est donc essentielle à la cohésion du groupe, et il en fut ainsi par la volonté de Sa Sagacité Planante Incommensurable.

Durkheim analysait ainsi le culte rendu au renouveau de la nature (alors le retour de la saison humide) : Ce n'est tant un rituel dédié à la nature qu'un rituel dédié à la religion elle même. A savoir que la religion est le processus qui anime les individus de l'âme du collectif ; Privé de cette âme les individus s'étiolent comme la nature à la saison sèche, et les rituels religieux ont pour but de revitaliser régulièrement cette âme en lui... comme l'eau revitalise la nature régulièrement après la saison sèche. Bon le culte du printemps, de la moisson, des solstices, et à priori de tous les cycles de vie sont du même ordre (naissance, initiation, mariage, mort).

Le combat du bien (revitalisation) contre le mal (dévitalisation) aussi. Là encore, il faut que chaque item ait son temps de matérialisation pour marquer l'opposition des éléments : leur combat et le triomphe du bien sur le mal. Le bien n'est que l'antithèse du mal (le délitement communautaire), mais il faut que ce délitement se matérialise parfois pour revitaliser la nécessité de le combattre : "Et si finalement le Monstre n'existait pas ? Quelle horreur !".

En somme, si la saison sèche n'existait pas, il faudrait l'inventer, et si le mal n'existait pas de même.

  • La démocratie donc met en scène cette alternance du bien et du mal, où chaque camp voit alterner saison sèche comme purgatoire à une revitalisation à terme par une victoire cyclique "à la bonne saison".
  • La question reste celle d'un déterminisme : "si la saison sèche n'existait pas il faudrait l'inventer", et si chaque camp s'inventait sa saison sèche en faisant en sorte de perdre ? Et si la victoire d'un camp était plus la défaite de l'autre comme nécessité à se ressourser contre l'alternative ?
  • En fait, le collectif est terrorisé à l'idée de son propre délitement, et la ferveur d'un camp à l'élection se délite au faire et à mesure du temps et des épreuves profanes, d'où une perte vitale de la communauté qui va chercher à se revitaliser dans la ferveur revancharde de l'autre camp excité par le déclin adverse (Bon un camp peut faire deux cycles, surtout s'il prone la rupture avec ses propres valeurs).

 On notera que si le mal est matérialisé au départ (nazisme pour les français, communisme pour les russes), les champions contre les forces du mal peuvent perdurer le temps que le mal reste présent à l'esprit de la populasse. Mais encore une fois, si le mal (saison sèche) se perd dans le souvenir collectif, il faut s'en réinventer un autre (communisme, immigration menaçant la cohésion nationnale) suivant le principe du : "si la saison sèche n'existait pas, il faudrait l'inventer"

Alors, alors ? Les idéaux n'ont donc aucune valeur intrinsèque ?

Oui et non, bien sûr que le libéralisme, communautarisme, et la solidarité sociale ont leur propres valeurs et atouts dans les campagnes d'opinion, mais ces atouts finissent par s'y équilibrer au point que les "indécis" en soient les arbitres... et là, la subjectivité quasi "religieuse" du sentiment de revitalisation de la communauté y puise toute sa force de conviction par Toucher Nouillu toujours.

Et en fait c'est le moyen terme qui triomphe au final: L'opposition ne peut remporter l'adhésion qu'en reprenant à son compte les réussites de son adversaire (d'où le triomphe du pragmatisme à terme). Mais aussi à force de se rapprocher l'un de l'autre les opposés peuvent finir par se ressembler au point de ne plus apparaître comme revitalisants l'un par rapport à l'autre (fausse concurrence)... D'où la résurgeance d'extrèmes jusqu'alors en désuétude : Le Monstre n'aimant pas qu'on marginalise ses patafioles les plus éloignées.

La politique est certes bâtie sur des concepts concrêts et de vraies valeurs, mais ce qui s'y joue socialement n'est sans doute pas de l'ordre du rationnel. Mais le camp qui arrivera à décripter cet arrière plan religieux auprès du plus grand nombre, pourra vraiment prétendre à faire valoir ses arguments pour ce qu'ils sont, et non tant simplement comme faire valoir d'un rituel mystique Pastafariquement correct.

Là encore la dé-sacralisation de la politique passe paradoxalement par la reconnaissance de son caractère de ciment social mystique : Sa consécration repose sur l'inconscience des mécanismes qui l'animent, et seule cette prise de conscience peut permettre d'y faire le tri.

La question se pose néanmoins :

Les politiques en sont-ils vraiment les jouets, où manipulent-ils les masses en toute connaisance de cause ?

 Les deux mon général : Pour la plupart ils n'en savent que peu, quoi que des notions scientifiques de sociologie (et Monstre sait ce qu'elle valent) ne leur soient pas totalement étrangères. Mais surtout, ces professionnels de la politique se font généralement coatcher par des "communiquants" qui pour la plupart sont assez au fait de ces questions. Donc s'ils prodiguent leurs conseils, c'est aussi dans ce sens... et il n'est pas sûr qu'ils mettent au parfum leurs commanditaires.

  1. Parce qu'évidemment donner les clefs de leurs analyses les condamne à terme à ce que les politiques puissent se passer d'eux.
  2. Il n'est pas sûr que les politiques soient prêts à se regarder dans le miroir, pour ce qu'ils représentent subconsciemment dans l'opinion, et la vanité de leurs combats politiques en regard.

 Aussi comme en toute religion les grands-maîtres de l'ordre sociologique font semblant de parler par méthaphores paraboliques, mais pour qui sait de quoi ils parlent, on comprend que les-dites paraboles sont en fait très littérales. La métaphore ne l'est pas tant, et consiste essentiellement à nous faire croire qu'elle est d'ordre parabolique là où elle ne l'est pas tant que ça. Et s'il y a manipulation des foules, c'est en ce sens. Ah... C'est pas simple les Arts Divinatoires Ancestraux, je vous dis que ça... Il faut savoir couper les cheveux d'ange en quatre.

Cas particuliers : L'école buissonière (Patrick Buisson et consorts) : Visiblement le bonhomme, et ceux de sont accabi, sont au courant des données sociologiques... Mais plutôt que de leur donner du recul sur la réelle nature de leurs rapports idéologiques sociaux, ils réinvestissent ces données pour les régurgiter à leur sauce, c'est à dire pour les mettre au service de l'idéologie qu'ils défendent, sans chercher un seul instant en quoi la sociologie pourrait les éclairer sur leurs propres illusions.

La sociologie est un instrument de cuisine pour comprendre comment faire de la bonne cuisine sociale en donnant les bonnes clés de compréhention de la matière première. Mais certains psychopathes ne verront jamais un couteau de cuisine comme tel, mais  comme un instrument de punition divine à l'encontre de ceux qui représentent le mal pour eux.


 

 

 

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Posté par Yves Forban à 14:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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